Le jeudi 8 octobre, à la demande du SNES-FSU, un groupe de travail réunissant le SNES-FSU et l’intersyndicale a été reçu par le Rectorat afin d’échanger sur les conditions de rentrée des TZR et des personnels non-titulaires dans l’académie de Créteil.
Comme nous l’avions déjà souligné dans notre compte rendu du 28 août 2026, ces conditions se sont fortement dégradées par rapport aux deux années précédentes. Sur le terrain, les collègues ont subi des temps de trajet excessifs, des vœux d’affectation non satisfaits et des contrats non renouvelés. Parmi les personnels concernés, 318 seraient restés dans le vivier et 94 auraient été définitivement écartés. Des collègues éligibles au CDI n’ont pas non plus été reconduits. À cela se sont ajoutées de nombreuses défaillances techniques des services numériques, qui ont compliqué l’accès aux canaux officiels de communication.
Le SNES-FSU a obtenu la création de ce groupe de travail pour faire remonter les difficultés rencontrées par les collègues et les erreurs commises. Nous avons échangé avec les responsables de la DPE.
Nous avons porté à leur connaissance les dysfonctionnements constatés sur le terrain, tant dans les affectations que dans la communication entre les personnels et les gestionnaires.
Les questions soulevées
Nos questions portaient sur cinq points :
1. Les reconductions de CDD : combien de contrats ont été proposés et acceptés ? Pourquoi ces reconductions n’ont-elles pas pu être anticipées dès juin ? Répondent-elles aux besoins réels ?
2. Les affectations : comment expliquer les distances entre le domicile et le lieu de travail, ou entre les établissements en cas de service partagé ? Quels critères l’algorithme du rectorat utilise-t-il et avec quelle efficacité, pour l’administration comme pour les personnels ?
3. Les révisions d’affectation : combien de demandes ont été acceptées ou refusées, selon quels critères et dans quels délais ?
4. Les offres d’emploi encore publiées sur la plateforme de recrutement des académies franciliennes : quelles disciplines sont concernées ? Pourquoi les collègues n’ont-ils pas été reconduits dès avril ?
5. Les personnels éligibles au CDI dans l’année : pourquoi n’ont-ils pas tous été reconduits ? Pourquoi la pratique consistant à proposer un CDD dans l’attente de la signature du CDI, jusqu’ici courante malgré son caractère informel, n’a-t-elle pas été maintenue ?
1. Des reconductions tardives et insuffisantes
En septembre, 160 nouveaux contrats ont été proposés à des personnels qui n’avaient pas été reconduits en avril ou en mai, mais qui figuraient toujours dans le vivier. 138 contrats ont été acceptés.
Le rectorat explique ce calendrier par un manque de visibilité avant septembre. Les 7 500 blocs de moyens provisoires (BMP) devaient d’abord être répartis entre les TZR et les stagiaires, particulièrement nombreux cette année en raison de l’ouverture de deux concours de recrutement, l’un au niveau licence et l’autre au niveau master. L’ajustement des supports, autour des 6 et 7 juillet, aurait ensuite permis de commencer les affectations des TZR. Au 18 juillet, 90 % des BMP étaient distribués. Les personnels non-titulaires ont donc été rappelés au compte-gouttes jusqu’en septembre pour combler les besoins restants.
Cette gestion tardive laisse des collègues sans emploi alors que des besoins apparaissent ensuite. Pour le SNES-FSU, la reconduction systématique des contrats d’une année sur l’autre demeure indispensable.
2. Des affectations qui pénalisent les personnels
Cette année, de nombreux collègues nous ont alertés sur les distances entre leur domicile et leur lieu de travail, ainsi que sur les déplacements entre deux, voire trois établissements en cas de service partagé.
Pour accélérer les opérations, le rectorat a confié les affectations à un algorithme. Il se félicite d’avoir affecté 3 600 agents en deux ou trois jours en juillet. Mais cette rapidité ne saurait se faire au détriment des conditions de travail. Le rectorat reconnaît lui-même que l’outil doit être amélioré.
Les critères actuels restent problématiques : le barème d’ancienneté ne distingue pas les personnels en CDI de ceux en CDD, supprimant ainsi la priorité jusqu’alors accordée aux collègues en CDI. L’algorithme privilégie les vœux formulés, sans prendre en compte la distance entre le domicile et le lieu d’affectation. Le rectorat insiste donc sur la nécessité de formuler des vœux précis.
Nous conseillons aux collègues de demander les établissements et les zones les plus proches de leur domicile. En effet, le rectorat ne prend en compte ni la situation familiale ni le temps de transport, qu’il peine de toute façon à estimer correctement. Lorsque les vœux précis ne peuvent être satisfaits, l’algorithme procède en outre à des extensions trop larges, ce qui a placé de nombreux collègues dans des situations difficiles.
Le rectorat s’est engagé à revoir les critères de l’algorithme. De son côté, le SNES-FSU a proposé la mise en place d’un groupe de travail au moment des affectations, afin de vérifier les dossiers et de corriger manuellement les résultats lorsque l’outil ne permet pas une affectation adaptée.
3. Des révisions d’affectation trop peu souvent acceptées
Les dysfonctionnements de l’algorithme ont entraîné 430 demandes de révision d’affectation déposées sur Colibris. Seules 29 à 30 % d’entre elles ont reçu une réponse favorable. Les demandes des personnels affectés conformément à leurs vœux, même lorsque ceux-ci étaient leurs derniers choix, ont systématiquement été refusées.
Les difficultés les plus importantes concernent la Seine-et-Marne, où il est souvent nécessaire de disposer d’un véhicule. Or le rectorat ne détient pas cette information, qui n’est pas non plus précisée lors du recrutement.
Concernant les délais, le rectorat affirme faire son possible pour les réduire. Il indique toutefois qu’une réponse tardive augmente les chances d’obtenir satisfaction, car les gestionnaires disposent alors d’une meilleure visibilité sur les supports vacants. Cette situation illustre les limites d’une gestion qui place les collègues dans l’incertitude pendant des semaines.
4. Des offres d’emploi malgré les non-renouvellements
Plusieurs collègues ont relevé la publication d’offres sur recrutement.education.gouv.fr, alors même que le rectorat n’a pas renouvelé les contrats de nombreux personnels. Les chiffres présentés en réunion font état d’au moins 188 agents licenciés, auxquels s’ajoutent 94 collègues définitivement écartés.
Dans les lycées généraux et technologiques, des offres concernent la physique-chimie — un besoin pourtant connu depuis l’année précédente —, l’histoire-géographie, présentée comme une discipline saturée à la rentrée, mais pour laquelle des besoins apparaissent finalement, ainsi que les SVT, où les tensions auraient dû être anticipées. Des recrutements sont également proposés en anglais et en espagnol, disciplines dans lesquelles des non-renouvellements ont pourtant eu lieu. D’autres offres concernent l’enseignement professionnel.
Ces éléments révèlent de nouvelles erreurs d’anticipation qui coûtent leur poste aux collègues. Le SNES-FSU a donc rappelé avec force la nécessité de reconduire systématiquement tous les CDD d’une année sur l’autre : les besoins réels ne correspondent jamais parfaitement aux prévisions de supports. Retarder les recrutements et les affectations, c’est aussi retarder les apprentissages des élèves, avec des conséquences particulièrement graves en année d’examen.
5. Des collègues privés de l’accès au CDI
Les mêmes justifications ont conduit à écarter des collègues qui auraient dû accéder au CDI au cours de l’année. Nous avons rappelé les pratiques rectorales jusqu’ici en vigueur : même si elles étaient informelles, elles consistaient à proposer un CDD aux personnels concernés dans l’attente de la signature de leur CDI.
Le rectorat n’a pas donné suite à cette demande. Cette situation nous rappelle qu’une pratique, même ancienne, ne constitue pas une garantie. Seuls les actes administratifs formels engagent l’administration. Nous devons donc poursuivre la mobilisation pour faire respecter les droits des personnels et obtenir des garanties concrètes.
Restons mobilisées
Nous ne pourrons mener cette lutte seules et seuls : elle ne pourra aboutir que par la mobilisation collective. Restons toutes et tous mobilisées pour défendre nos droits, nos conditions de travail et la profession !
