Depuis plusieurs jours, une importante mobilisation lycéenne se traduit notamment par de nombreux blocages d’établissements. Si des débordements ont pu avoir lieu, nous sommes surtout extrêmement préoccupées par la réponse policière apportée à ces mobilisations : interventions brutales, violences, usage de gaz lacrymogènes, mises en danger et interpellation de lycéennes.
Le SNES 93 appelle d’ores et déjà à participer à la grève mardi 6 octobre pour dénoncer la répression du mouvement lycéen et soutenir ses revendications pour plus de moyens pour l’école publique. Car ce sont aussi les nôtres.
Nous non plus, nous ne voulons pas de classes à 35. Nous aussi, nous exigeons des personnels en nombre suffisant et des remplaçantes pour les collègues absentes. Nous aussi, nous dénonçons l’évaluation permanente instaurée par les réformes Blanquer et la mise sous pression des élèves comme des personnels. Nous continuons d’exiger l’abrogation des réformes du lycée et du baccalauréat, la suppression du grand oral, le retour à des épreuves anonymes, nationales et terminales, et la suppression de Parcoursup.
Face aux revendications de la jeunesse, la réponse ne peut pas être la répression.
La mobilisation des lycéen-nes leur appartient, tout comme le choix leurs formes de lutte. Pour les personnels de l’Education Nationale, y compris militantes et syndiquées, il n’est pas toujours simple de trouver la bonne posture à adopter, de soutenir la mobilisation sans se substituer aux élèves, tout en veillant à leur sécurité et à celle des collègues.
Voici donc quelques points de repères, qui ne sauraient cependant constituer ni un absolu ni une liste exhaustive car chaque établissement et chaque mobilisation ont leur particularités :
1) Être présentes devant l’établissement.
Lorsque les élèves se mobilisent, la présence d’adultes suffisamment nombreux, dans un simple rôle d’observatrices ou observateurs, permet de limiter le risque de violences policières, d’arrestations arbitraires, ou de comportements excessifs de certains personnels de direction.
2) Contribuer lorsque c’est possible à la désescalade
Les personnels peuvent être amenées à jouer un rôle de médiation avec la direction de l’établissement ou les forces de l’ordre.
Notre position d’adultes et de personnels de l’Education nationale peut permettre de faire entendre la nécessité de ne pas laisser s’installer une logique de provocation-répression.
3) Ne pas se substituer aux lycéennes dans l’organisation de leurs actions, et ne pas participer à l’action de blocage elle-même.
Soutenir les revendications ne signifie pas organiser les actions à la place des élèves. La mobilisation appartient aux lycéennes et doit rester la leur. En outre, cela constituerait une faute professionnelle de soi-même bloquer son établissement.
4) Ne pas obéir à des ordres qui nous mettraient en danger.
Les cheffes d’établissements n’ont pas le droit de demander à leurs personnels de se substituer aux policiers ou aux services de secours. Une direction ne peut pas demander aux personnels de prendre physiquement en charge une situation qui les expose à un danger.
Il ne faut hésiter à demander aux personnels de direction de passer par l’écrit, de faire valoir un refus et éventuellement de consigner la situation dans le registre SST. En cas de danger grave et imminent, les personnels disposent de procédures, notamment le droit d’alerte, et lorsque les conditions sont réunies, du droit de retrait.
5) Refuser d’identifier les élèves ayant participé à des faits de blocage.
Nous n’avons pas vocation à identifier pour la police des élèves ayant participé à une mobilisation ou à rechercher les responsables d’un blocage. Attention également à la diffusion d’images ou de vidéos qui pourraient incriminer des élèves, permettre de les identifier et être utilisées contre elleux.
Notre rôle est éducatif, pas policier.
6) Diffuser, auprès des jeunes ou de leurs familles, les informations leur permettant de connaître leurs droits.
Notamment les outils juridiques mis à disposition par le Syndicat des Avocats de France sur les manifestations, les contrôles, les gardes à vue.
7) En cas d’incident, documenter les faits et prévenir rapidement le SNES-FSU
En cas d’intervention policière, de violences, d’interpellations ou de mise en danger d’élèves ou de personnels, notez aussi précisément que possible les faits dont vous avez été directement témoins : heure, lieu, déroulement des événements, personnes ou services présents. Distinguez bien ce que vous avez constaté vous-mêmes de ce qui vous a été rapporté.
Prévenez rapidement le SNES-FSU 93 afin que nous puissions accompagner les collègues et les équipes concernées et, si nécessaire, intervenir auprès de l’administration. Si des images sont prises pour documenter les faits, soyez particulièrement vigilantes à leur diffusion publique, notamment lorsqu’elles permettent d’identifier des élèves.
8) Organiser collectivelment des AG et des discussions avec les collègues.
Les mobilisations lycéennes et certaines de leurs formes peuvent susciter des interrogation, désaccords et inquiétudes parmi les collègues. Il est essentiel de ne laisser personne seule face à ces situations.
Il nous revient donc d’organiser des heures d’information syndicale, des assemblées générales des personnels et des discussions entre collègues.
Au-delà des débats sur les formes d’action, les raisons de la colère des lycéennes ont de très nombreux points de convergence avec nos revendications : manque de moyens, classes surchargées, personnels non remplacés, dégradation des condttions de travail et d’édude, sélection et mise en concurrence des élèves.
Face au manque de moyens, la réponse doit être politique et budgétaire, pas policière et répressive.
Le SNES-FSU 93 soutient les lycéennes mobilisées pour leurs conditions d’étude et appelle les personnels à se mobiliser contre la répression et pour obtenir enfin les moyens nécessaires au service public d’éducation en Seine-Saint-Denis.
Mardi 6 octobre, nous appelons l’ensemble des collègues à être présentes aux côtés des lycéennes et à se mettre en grève pour dénoncer la répression de la jeunesse mobilisée.
