Après plusieurs mois de mobilisation, le SNES-FSU a contraint le ministère à reculer sur les groupes de niveau, mesure centrale du « choc des savoirs ». Cette victoire, arrachée par l’engagement des personnels dans les établissements et par un travail syndical mené à tous les niveaux, démontre qu’un rapport de force construit collectivement peut faire plier des réformes autoritaires. Mais elle ne met pas fin aux attaques contre l’école publique, et la Seine-Saint-Denis est aujourd’hui en première ligne.
La décision de rendre facultative la mise en œuvre des groupes de niveau à la rentrée 2026 n’est pas le résultat d’annonces incantatoires. Elle est le produit d’une mobilisation durable, portée par le SNES-FSU et par des équipes qui se sont opposées concrètement, sur le terrain, à une réforme de tri social. Cette bataille gagnée rappelle une évidence politique trop souvent niée par le ministère : les personnels ne sont pas de simples exécutants et peuvent collectivement peser sur les orientations éducatives.
Pour autant, le ministère n’a pas renoncé à sa stratégie. Avec le plan dit des « 800 collèges », il avance une nouvelle pièce dans le démantèlement progressif de l’éducation prioritaire. Sous couvert d’un affichage volontariste, il annonce vouloir agir sur 15 % des collèges accueillant une part importante d’élèves en difficulté aux évaluations du DNB, en exigeant d’eux un « saut qualitatif », sans garantie de moyens supplémentaires.
Cette orientation est particulièrement préoccupante en Seine-Saint-Denis. Dans un département où 62 % des collèges relèvent aujourd’hui de l’éducation prioritaire, seuls 59 établissements seraient concernés par ce nouveau dispositif, contre 81 actuellement classés. Ce basculement n’a rien d’anodin. Il marque une remise en cause profonde d’une politique éducative fondée sur des critères sociaux, au profit d’une logique de ciblage par les résultats.
Dans un territoire déjà confronté à un sous-investissement structurel massif, ce choix revient à organiser une redistribution à moyens constants, voire à programmer des économies sur le dos des établissements les plus fragiles. Les besoins éducatifs et sociaux, pourtant largement documentés, ne sont pas pris en compte. Ce sont désormais des indicateurs de performance qui servent de boussole à l’action ministérielle.
Faute de moyens nouveaux et pérennes, les difficultés des élèves sont renvoyées aux équipes pédagogiques. L’échec scolaire est présenté comme un problème de pratiques ou de formation, appelant davantage de pilotage, d’évaluation et de contrôle. Dans les établissements ciblés, le « redressement » promis prend la forme d’un néo-management renforcé et d’une mise sous pression accrue des personnels.
Après le recul imposé sur les groupes de niveau, le plan « 800 collèges » confirme la cohérence d’une politique qui substitue progressivement aux principes de justice sociale des logiques de performance et de mise en concurrence. En Seine-Saint-Denis, c’est une véritable saignée qui se profile.
Face à cette offensive, la vigilance et la mobilisation restent indispensables. Le SNES-FSU 93 poursuivra son travail d’information, d’intervention dans les établissements et d’organisation collective. La victoire contre le « choc des savoirs » l’a montré. Rien n’est écrit d’avance lorsque les personnels s’organisent pour défendre une école publique réellement émancipatrice.

