Livres numériques, ne rien se laisser imposer !

A l’automne dernier, la Région lançait une consultation des lycées pour identifier les candidats au passage aux manuels numériques à la rentrée 2019. Seulement 30% des établissements franciliens ont répondu. Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile de France, ne cache pas sa volonté de voir la collectivité territoriale prendre de plus en plus de place dans le système éducatif, ce qui n’est pas sans danger.
La faible proportion de lycées ayant répondu en novembre ne permettait certainement pas à Valérie Pécresse d’afficher la Région Ile de France à l’avant-garde de la transformation numérique dans l’Education Nationale, c’est certainement la raison pour laquelle la présidente de la Région Ile de France accélère le rythme plaçant les personnels des lycées dans une situation intenable.
Les lycées doivent ainsi faire remonter leur choix à la région avant le 22 avril, soit avant les vacances de printemps !


Le SNES défend l’achat de manuels papier, garants d’un accès de tous les élèves aux connaissances, les livres numériques ne pouvant servir que d’appui en classe en projection (quand nos parcs informatiques et réseaux voudront bien fonctionner ..) sans qu’ils doivent se substituer aux manuels papier.

Les raisons de s’y opposer sont multiples : discrimination sociale car les tablettes ou ordinateurs portables cassés ou volés ne seront pas remplacées dans certaines familles et ne seront pas achetées pour les élèves de première ( lire la FAQ en PJ), problèmes pour charger au lycée les tablettes ( plus de 1000 dans 3 ans) qui ne tiendront pas la journée (qui les surveille ? comment fait l’élève dont la tablette n’est pas chargée quand il est censé s’en servir en classe), l’aspect absolument pas éco responsable des tablettes ( mal recyclées, matériaux de construction rares, consommation électrique, bilan carbone), sans parler du fait que nos élèves passent suffisamment de temps sur les écrans ( nous faisons déjà de nombreuses activités sur ordinateurs en classe et en TP donc notre enseignement est à la pointe sans cela ... à noter que la région n’est absolument pas au point pour la maintenance de nos multiples ordinateurs et du réseau et que nous attendons des semaines entières pour chaque problème... )

Quand à la question du poids des cartables, nous pensons que ce serait résolvable facilement si la région finançait des jeux de livres papiers supplémentaires qui resteraient au lycée.

Sur quoi doivent se positionner les lycées généraux et technologiques ?
Chaque établissement doit choisir le passage aux manuels numériques ou papier. Il n’est pas possible d’opter pour une solution mixte, le choix du lycée doit se porter sur l’une ou l’autre des solutions. Pour les LPO, il est possible de faire cohabiter le numérique pour la voie pro (la Région prévoit le passage de tous les lycées pro au numérique) et le papier pour la voie générale et technologique.


Le passage aux manuels numériques, qu’est-ce que cela signifie exactement ?
  • classe de 2de : la Région prend en charge les manuels du tronc commun, soit 9 manuels par élève
  • classe de 1re : la Région prend en charge les manuels du tronc commun et de spécialité, soit 8 manuels par élève

Quel équipement pour les élèves ? les lycées ? les personnels ?

  • classe de 2de : la région fournira un ordinateur ou une tablette à chaque élève selon le choix de l’établissement pour la durée de leur scolarité
  • classe de 1re : les élèves devront utiliser leur matériel personnel, un fond social d’aide est prévu.

Dès la question de l’équipement des élèves, les problèmes se posent .

la Région fait ainsi porter la charge de l’équipement sur les familles des élèves de 1re , choix particulièrement inégalitaire. En 2de, les tablettes et ordinateurs restent la propriété de la Région et sont prêtés aux élèves pendant leur scolarité. Pour autant, la maintenance reste entièrement à la charge des familles ! En plus de faire, une nouvelle fois, supporter un coût par les familles, on peut déjà anticiper sur le quotidien en classe, quand certains élèves auront des outils défaillants ou cassées, faute de pouvoir assurer la maintenance.

Le calendrier imposé par la Région pose de redoutables questions logistiques : au regard du nombre d’établissements concernés, dans la plus grande région de France, quelle est la garantie que ce dispositif soit opérationnel à la rentrée 2019 ?
Les manuels seront chargés sur l’ordinateur ou la tablette pour être accessibles hors-lignes : est-ce parce que la Région n’est pas en mesure d’équiper correctement tous les lycées en connexion internet digne de ce nom qu’elle est en réduite, derrière le slogan choc « lycée 100% numérique », à proposer ce qui revient finalement à de simples liseuses ?...
Les lycées qui choisiront le numérique seront équipés de « points de chargement » pour les tablettes et ordinateurs : là aussi, cela pose de redoutables problèmes logistiques, comment gérer le chargement de plusieurs centaines de tablettes simultanément ?
En ce qui concerne les personnels, la Région assume de ne prévoir ni financement de l’équipement des professeurs, ni formation. Au regard des salaires des personnels de l’Education Nationale, qui doivent aussi subir le coût de la vie, particulièrement élevé en Région parisienne, cela revient une nouvelle fois à faire payer les personnels pour qu’ils assurent leur activité professionnelle !

Comment agir ?

Ne vous laissez pas confisquer cette décision qui a de lourdes conséquences pédagogiques !
[Les CA doivent être consultés sur ce choix : article R421-3 du Code de l’Education « Le conseil d’administration donne son avis sur (…) les principes de choix des manuels scolaires, des logiciels et des outils pédagogiques ».

  • =>Exigez que cette question soit mise à l’ordre du jour des CA qui se tiennent actuellement sur le compte financier afin de prendre le temps du débat avec les familles. A télécharger ICI un modèle de motion à présenter et à mettre au vote
  • =>Exigez aussi le temps nécessaire à la consultation des équipes (conseils d’enseignement).
    Le projet de la région comporte de nombreuses limites, il est aussi profondément inégalitaire ! La section académique rappelle qu’il n’y a aucune obligation au passage au numérique dès la prochaine rentrée. Le rythme des décisions pédagogiques n’est pas celui des décisions politiques. Il n’y aucune urgence à prendre cette décision !

Transmettez-nous toutes les informations relatives aux discussions en cours dans votre établissement : lycee@creteil.snes.edu
Les 3 sections SNES-FSU rencontrent la Région, pour aborder, notamment ce sujet, le jeudi 11 avril. Nous vous tiendrons au courant rapidement des suites.